Garrick Hileman, fondateur de MacroDigest.com et professeur à la London School of Economics, répond à ces questions dans un excellent article publié sur Project Syndicate et qu'on pourrait résumer ainsi : le système financier mondial est lourd et archaïque et on n'est pas prêt d'en changer car sa lenteur génère des bénéfices. Pourtant des solutions existent...

« Les institutions financières agissent pour l'essentiel comme intermédiaires qui mettent en rapport les investisseurs, les emprunteurs et les épargnants et consignent les acquis et les dettes des personnes. En échange de ces services, les professionnels de la finance touchent de très gros émoluments. Ainsi, demander si les salaires énormes des banquiers sont justifiés équivaut à poser la question de la plus-value créée par la médiation financière : une question à laquelle il n'y a pas de réponse simple. Ce qui est clair, c'est qu'en autorisant une plus grande proportion de la richesse d'une économie à être canalisée vers l'investissement et vers d'autres activités économiques productives, un secteur plus efficace des services financiers stimule la croissance économique.

L'inefficacité du système financier mondial n'est pas simplement la conséquence de règles et de structures obsolètes : la recherche du profit est également un facteur important. Alors que les autorités britanniques ont récemment annoncé la fin du transfert physique des chèques, le délai de compensation des chèques de deux jours va pourtant rester en vigueur. Étant donné que le traitement des images numériques des chèques par des moyens électroniques est quasi instantané, le maintien de ce délai ne peut s'expliquer qu'à titre de « charge flottante », soit comme l'intérêt produit en détenant de l'argent aussi longtemps que possible.

La charge flottante n'est qu'une des nombreuses façons dont le secteur des services financiers tire des ressources de l'économie. Les commissions de 3 à 5% prélevée par les sociétés de cartes de crédit s'élève à plusieurs centaines de milliards de dollars de profits par an pour des entreprises comme Visa et MasterCard. Les frais sur les virements et sur l'échange de devises peuvent rapidement grimper à 10% ou plus par transaction, avec des interruptions et des procédures complexes qui rendent ces services encore plus coûteux.

Mais il y a de l'espoir. Avec les innovations lancées par Bitcoin, les frais, les retards et les autres inefficacités qui servent à remplir les poches des services financiers peuvent être largement éliminés.

[...] L'innovation la plus intéressante que propose Bitcoin est la « blockchain » : un registre peer-to-peer qui garde une trace de toutes les transactions et produit un décompte de qui possède quoi. La blockchain remplit essentiellement la fonction « grand livre » proposée par les banques, mais à un tarif très inférieur pour les consommateurs et les entreprises.

Propulsé par un algorithme open-source et géré par quiconque choisit de télécharger le logiciel gratuit, Bitcoin marque un retour à une approche communautaire de l'argent et de la banque, avec des services financiers les plus intimement liés aux personnes qui les utilisent. Les grands gestionnaires monolithiques tiers du type des banques actuelles "trop grosses pour faire faillite" risquent d'être stoppés net. En effet, avec des systèmes comme celui-ci au service d'une nouvelle architecture financière, "le peuple" pourrait effectivement devenir lui-même la banque.

Bitcoin et son écosystème doivent encore mûrir et seul le temps nous dira si les niveaux de prix actuels sont l'effet d'une bulle spéculative. Mais les innovations lancées par Bitcoin peuvent et devraient donc jouer un rôle novateur dans la construction d'un système financier plus sûr, moins cher et plus efficace ».

Source : project-syndicate.org